Fête de la Trinité


 Matthieu 28,16-20

onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »





Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l’Eglise
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints

(trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 160)

« Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature » (Préface)



      Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont d'une seule substance et d'une inséparable égalité. L'unité est dans l'essence, la pluralité dans les personnes. Le Seigneur indique ouvertement l'unité de la divine essence et la trinité des personnes quand il dit : « Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Il ne dit pas « dans les noms » mais « dans le nom », par où il montre l'unité de l'essence. Mais il emploie ensuite trois noms, pour montrer qu'il y a trois personnes.

      Dans cette Trinité se trouvent la suprême origine de toutes choses, la beauté très parfaite, la joie très bienheureuse. La suprême origine, comme le dit saint Augustin dans son livre sur la vraie religion, c'est Dieu le Père, de qui viennent toutes choses, de qui procèdent le Fils et le Saint Esprit. La beauté très parfaite, c'est le Fils, la vérité du Père, qui ne lui est dissemblable en aucun point, que nous vénérons avec l e Père et dans le Père, qui est le modèle de toutes choses, parce que tout a été fait par lui et que tout se rapporte à lui. La joie très bienheureuse, la souveraine bonté, c'est le Saint Esprit, qui est le don du Père et du Fils ; et ce don, nous devons croire et tenir qu'il est exactement pareil au Père et au Fils.

      En regardant la création, nous aboutissons à la Trinité d'une seule substance. Nous saisissons un seul Dieu : Père, de qui nous sommes, Fils, par qui nous sommes, Esprit Saint, en qui nous sommes. Principe, à qui nous recourons ; modèle, que nous suivons ; grâce, qui nous réconcilie.




Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

L’Écriture ne fait pas de comptes
Les premiers chrétiens ont fait preuve de beaucoup d’audace en mettant en route la foi en la Trinité. Je dis « mettant en route », car il a fallu longtemps pour que cette foi trouve ses formules définitives. C’était aller à l’encontre du sens commun et cela semblait réinventer le polythéisme. Beaucoup de chrétiens ne pensent pas souvent à la Trinité, c’est-à-dire à Dieu lui-même. Quand nous imaginons Dieu comme une sorte de surhomme infiniment puissant, ou comme une force à laquelle rien ne peut résister, nous sommes en pleine régression vers les images spontanées et primitives du divin. Il a fallu toutes les Écritures bibliques pour nous faire passer du Dieu solitaire et monolithique au Dieu « société », communion, c’est-à-dire amour en lui-même. C’est cette générosité interne qui rend possible la création, à moins qu’on ne considère celle-ci sur le modèle artisanal du potier façonnant l’argile, image que la Bible utilise, explore et dépasse : c’est le Nouveau Testament qui nous donnera l’ultime révélation. Cependant, l’Écriture ne compte pas : jamais nous ne lisons « Dieu est trois ». La Trinité nous vient d’une réflexion des premiers siècles du christianisme.

Dieu Père, Fils, Esprit
Si nous ne trouvons pas dans nos textes « Dieu en trois personnes », par contre le Père, le Fils, l’Esprit sont souvent nommés. Citons, parmi tant d’autres textes, 1 Corinthiens 13,13, qui rassemble les trois en une seule formule : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit soient avec vous tous ! » Ces trois « personnes » ne font qu’un. En saint Jean, nous entendons Jésus dire et nous redire : « Le Père et moi nous sommes Un. » Jean 14,9-10 récapitule bien tous ces textes. À Philippe qui demande à Jésus de leur montrer le Père, il répond : « Tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père… Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?… » Quant à l’Esprit, il est le souffle même de Dieu, la réalité par laquelle il se communique. Ce qu’il soufflera aux disciples ne sera pas sa propre parole. Envoyé par le Père au nom du Christ, « il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». Le Souffle porte la Parole et ne fait qu’un avec elle. Un peu comme pour nous quand nous parlons. L’envoi aux hommes du Fils et de l’Esprit de filiation est donc à la base de la réflexion ecclésiale sur la Trinité. Le « dogme » est d’abord expérience des premiers chrétiens, des premiers croyants. Disons tout de suite que le fait de compter et de dire « Il est Trois » n’est pas sans signification. L’idée que nous nous faisons de Dieu en est transformée.

Tout est relations
La source de tout ce qui existe et que nous appelons Dieu est relations. Non pas des êtres déjà existants et établissant entre eux des ponts en un deuxième temps. Non ! La « substance » de Dieu, si l’on peut dire, est relation, échange. Il en résulte que l’univers entier est, à son image, relations. Je ne pourrais jamais dire « je » s’il n’y avait en face de moi un « tu » dont je me distingue. Voilà donc la différence entre les personnes. Mais qu’en est-il de l’unité, nécessaire à notre ressemblance divine ? Eh bien, quand l’Esprit est là, tous les « Je » deviennent un « Nous » et nous ne formons qu’un seul corps construit dans nos différences. Nous-mêmes sommes relations. Ce qu’il y a dans nos muscles nous vient du soleil, des sels minéraux, de l’eau et du feu. Et tout cela nous est donné dans la relation de notre père et de notre mère. Ce qu’il y a dans notre intelligence nous vient d’abord du contact avec nos parents, puis du langage, puis de nos lectures, de l’enseignement reçu, de la culture dans laquelle nous baignons. Nous n’existons que par ces liens noués avec les autres. Pour Dieu, nous disons Père, Fils, Esprit. Répétons que ces mots ne doivent pas être pris dans leur sens habituel : ils dépassent infiniment tout ce dont nous avons l’expérience

Samedi 6 juin 2009
- Publié dans : Débats, questions souvent posées, enseignements - Par ProDeo - Voir les commentaires
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